Chant Corse

CHANT CORSE – Jean-F. Favreau

choeurs1StAgil

Cet atelier a été proposé à Saint-Agil les 10 et 11 février 2024 (chorale L’accrochante) et les 1er et 2 mai en résidence au château de Ligoure (87).

Dans cet atelier, nous chercherons d’abord à entrer dans la sonorité de la voix, et sa dimension physique, tactile, avant d’être musicale – seuil indispensable pour aborder le timbre du chant traditionnel.

Nous chercherons ainsi à aller à la rencontre du chant Corse polyphonique de tradition orale, traditionnellement à deux, puis trois voix, dont les grandes catégories seront évoquées. Celui-ci se divise en un répertoire profane et un autre sacré, le premier en langue Corse, et le deuxième très majoritairement en Latin.

 

Il s’agira donc de pratiquer du répertoire, mais aussi d’expérimenter / de faire « jouer » des principes du chant traditionnel :

– la mémoire, l’oralité, la langue – ce qui implique l’acceptation de la déformation que cela suppose,

– la résonance des voix et la « culture » des harmoniques,

– l’alternance entre l’union alchimique (anonyme) des voix et l’initiative individuelle,

– le jeu (et le risque) des ornements et les modes, y compris le « hors piste » : introduire du « jeu » dans la musique, c’est aussi « déjouer » ce qui se présente d’abord comme une mélodie répétitive, souvent « facile », répondant à une rythmique régulière, etc.

– une forme très particulière de facétie qui a cours lorsqu’un chanteur « lance une paghjella » et la conduit de façon presque imprévisible (comme si chanter à plusieurs était un jeu du chat et de la souris). On retrouvera ainsi la fonction principale du chant populaire : interpeller et faire assemblée vivante plutôt que de donner une représentation formelle devant public.

Mon hypothèse est que le chant profane est une ouverture privilégiée sur l’énonciation et la liberté, plus mobile, ludique, plus étranger pour nous, et peut-être plus difficile à appréhender, que le chant religieux. C’est donc sous ce signe, et sous celui de la tradition orale et agro-pastorale, que nous chercherons à accéder au « corps », au geste, et à l’humeur qui sont particuliers au chant Corse, et qui infusent toute la pratique chantée de l’île.

Nous aborderons ainsi des paghjelle, terzetti et madrigale traditionnels, quelques chants de messe qui font référence pour les chanteurs de toute l’île, ainsi que le chant monodique ancien, comme la Tribbiera… ou encore les nanne (berceuses) et les chants funèbres (domaines traditionnels des femmes), sans oublier l’incontournable Dio vi salvi Regina.

 

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Jean-François Favreau est acteur et metteur en scène dans le domaine du théâtre musical. Ayant grandi en Corse sans en parler la langue, il (re)découvre le chant traditionnel à trente ans, suite à la rencontre de chanteuses de polyphonie ukrainienne. Il multiplie ensuite les voyages de recherche, notamment en Corse et Sardaigne, dans le cadre de son travail à l’Institut Grotowski de Wroclaw, Pologne, où il travailla pendant 10 ans avec la Cie Teatr ZAR.

Il a étudié le chant Corse en se rendant dans des fêtes de village, auprès de confréries lors de cérémonies de la Semaine Sainte ou de fêtes patronales (vallée d’A Serra, Patrimonio, Sermano…), grâce à des archives, mais aussi en suivant des maîtres tels que Jean-Etienne Langianni (grâce à une bourse de compagnonnage ADAMI) et des amitiés de long cours comme le groupe Corse Tempvs Fvgit… avec qui mène des ateliers et crée en 2022 le spectacle « Chants de la guerre et du ciel ».

Il est à l’origine de l’ensemble international In Medias Res, qui a travaillé sur les motifs de la Semaine Sainte en Corse, Sardaigne et Sicile.

Il mène des ateliers de chant depuis 2010, en France et en Europe.